Est ce que le candidat doit connaître tous les citoyens de sa commune? Cela est possible pour une petite commune mais qui s’avère difficile pour une ville. Il reste que c’est là le vœu du citoyen ; celui-ci n’aime pas être méconnu par son élu. Un citoyen n’aime pas que le candidat donne l’impression qu’il ne le connaît pas personnellement. Mais nos candidats cherchent dans ce thème la solution de facilité c'est-à-dire favoriser une certaine catégorie de personnes dites influentes ou notables de la commune pour s’assurer le soutien du reste de la population locale. Que se passe-il sur le terrain ? D’une part le candidat fait sa campagne en donnant l’impression qu’il maîtrise parfaitement les problèmes de la population à travers les personnes en parlant par ordre de priorité des problèmes « personnels » : logement et emploi ; équipements publics : eau, routes, écoles, centres de santé, assainissement, éclairage public, hygiène et salubrité ; relationnels ou politique locale : concertation, réception et dialogue.
C’est ainsi que les candidats sillonnent les quartiers pour les grandes villes, et les douars et dechras pour les communes rurales dans des démarches empririques qui ne répondent à aucune logique de marketing électoral et souvent en dehors des cadres de la campagne qu’il s’agisse des lieux, des programmes de différents partis, les candidats font souvent cavalier seul en mésestimant ou ignorant leurs colistiers. D’ailleurs c’est la raison pour laquelle les candidats d’une même liste se livrent une bataille féroce pour figurer en tête sinon en bonne position; et souvent la position du candidat dans la liste donne lieu à de difficiles négociations entre candidats qui négocient cette position en fonction de leurs influences personnelles supposées ou réelles sur l’électorat locale d’où les partis qui tendent à choisir leurs candidats en fonction de ce critère malgré la forme qu’ils mettent pour faire croire au programme du parti et au choix de compétences. Cette campagne se poursuit jusque et surtout à la dernière minute précédent le scrutin et le jour même parce que l’électorat est versatile d’une part et de l’autre les promesses, surtout d’avantages personnels, faites aux personnes influentes donnent lieu à des enchères électoralistes. Les occasions prévilligiées sont les fêtes (ouâda et taâm des saints de la commune), les obsèques, et autres rencontres de gens des douars et dechras.
Ceci explique le comportement des citoyens envers leurs élus : une fois à la tête des communes. Ceux-ci ne peuvent satisfaire les promesses faites durant la campagne soit par méconnaissance de leurs attributions soit par intrigue, le but étant de parvenir à être élu, soit de bonne foi en pensant bousculer les pratiques, chose qui ne peut se réaliser sans l’aval des textes en premier le code communal qui est, en dépit des apparences, ignoré par les candidats qui, souvent, font une lecture « littéraire » et « idéalisée » du texte sans se faire assister par des spécialistes. Mais une fois devant la responsabilité, la tutelle leur explique le sens des expressions qu’ils avaient du assimiler différemment. Les citoyens de la cité, voyant que leurs élus n’avaient pu réaliser les promesses faites, se rabattent soit sur les responsables administratifs – chefs de daïra,walis, et ministres et président de la république- par des réclamations, des pétitions, des lettres ouvertes, soit à travers la rue par des manifestations souvent violentes: blocages des routes, sabotages d’équipements publics, destruction d’édifices etc.., d’où le déficit en relation publique de nos élus qui se contentent de briguer la responsabilité sans y être préparé intellectuellement mais surtout politiquement et techniquement car la gestion d’une commune ne se résume pas aux réunions qui se répètent et n’apportent pas de solutions pour preuve des ordres du jour se répètent durant toute un mandat; ce qui veut dire que les problèmes qui sont posés durant ces réunion ne sont pas résolus. Une bonne gestion des réunions veut que l’ordre du jour doit débuter par les solutions apportées aux problèmes posés durant la précédente réunion et ne passer à d’autres ordres du jour qu’après avoir trouver des solutions aux problèmes précédents. D’autres appellent ce phénomène « crise de confiance » du citoyen envers l’administration (l’Etat) en général et l’élu en particulier. Il n’y a pas meilleur exemple que celui de la distribution des logements sociaux qui relevait auparavant des communes et qui a été transféré à la daïra, le président de l’APC n’assistant que comme membre.
Quelle est la parade pour que le candidat fasse une campagne digne de ce nom ? Il nous semble que les standards de campagnes telles que connues dans les pays occidentaux sont à évacuer en raison de la spécificité et de la sociologie politiques du pays d’une manière générale, ensuite pour ce qui est des moyens de communication: du niveau d’instruction de la population, de la conscience politique et de son encadrement civique et politique. Le contacte directe est une constance dans toutes les sociétés. Cependant la question diffère selon les opportunités et le cadre. D’abord, la connaissance parfaite des textes régissant les communes ( pas uniquement le code communal) mais aussi leurs possibilités financières, matérielles et en encadrement compétent, sont des préalables nécessaires à l’élu s’il cherche l’efficacité au détriment des promesses qui ne seront jamais réalisé et dont il reçoit inéluctablement les contrecoups par des manifestations ( dans le sens général) de rejet qui seront de conséquences graves pour son avenir politique car le citoyen aura conclu tout simplement qu’il lui a menti. Donc l’élu doit avoir accès aux budgets et comptes de sa commune (surtout ceux des exercices précédents) pour avoir une idée précise sur la consistance de ce budget, la provenance des ressources et leurs répartition en recettes et en dépenses ainsi que le tableau des effectifs qui reflète la composante du personnel communal, son niveau et sa répartition. Ce dernier point,ignoré par tous les candidats aux élections communales, est d’une importance capitale pour la simple raison que toute l’activité du responsable est soutenue par l’encadrement en personnel ce qui,malheureusement, fait souvent défaut parce qu’une catégorie d’élus « s’appuient » sur certains employés en fonction de critères subjectifs (familiales,claniques,partisanes,clientéliste, opportuniste) l’autre ignore totalement cet aspect en pensant que, naïvement ou par calcul à la neutralité du fonctionnaire. Il semblerait que l’Etat ait voulu consacrer la neutralité du fonctionnaire communal en se réservant son contrôle par le recrutement ce qui, malheureusement, n’a pas eu l’effet attendu sauf à de rares exceptions parce que aussi bien dans la réalité qu’à travers le code communal, le fonctionnaire communal reste prisonnier des contingences électorales, surtout pour ce qui est du secrétaire général à qui est souvent reproché toutes les tares de la commune. L’Etat se plait à laisser ce corps dans cette situation inconfortable entre les pressions des élus, les exigences de la gestion administrative et financière et la non maîtrise du personnel qui relève directement de l’élu. Donc une clarification du statut du secrétaire de commune doit être une priorité pour une gestion efficace et dans l’intérêt de l’élu qui aura ainsi un cadre juridique dans lequel il peut exercer sa mission.